Présentation de ma démarche de recherche et de création
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Comment est née votre vocation d'artiste ?
Grâce à la science-fiction. Un jour au collège, j'ai choisi de faire un exposé sur ce sujet, et dans mes recherches, je suis tombé sur le projet d'adaptation de "Dune" par Jodorowsky. Ce dernier avait engagé nombre d'artistes dont "le" spécialiste des vaisseaux spatiaux du moment, Chris Foss. J'ai été subjugué par le réalisme de ses dessins et sans penser une seule seconde à devenir illustrateur, je me suis mis à copier ses œuvres frénétiquement. Puis de fil en aiguille, le métier est né. En créant mes propres vaisseaux, j'ai commencé à maîtriser la technique du dessin, de la mise en pages et de la perspective…
Vos parents vous ont-ils encouragé dans cette voie ?
Il n'y a eu aucune réticence de leur part. Comme tous les parents, ils étaient juste inquiets de savoir ce que j'allais faire plus tard. À partir du moment où ils ont compris que c'était ma voie, ils ne m'ont jamais freiné, au contraire. À cette époque, la publicité était en plein essor. Cela avait plutôt tendance à les rassurer…
Puis vous rentrez à l'école Duperré ?
Pas tout à fait. Comme j'avais raté mon bac et que cette école l'exigeait, je suis parti faire mon service militaire en 1982 et j'ai repassé cet examen en candidat libre. Puis, j'ai réussi le concours d'entrée. En quatre ans, j'ai obtenu le BTS expression visuelle, puis le diplôme supérieur des arts appliqués à l'école Estienne.
Quels souvenirs retenez-vous de ces années ?
Cela m'a permis de rencontrer des amis que je fréquente toujours et des professeurs qui m'ont beaucoup apporté. En particulier Georges Pichard, alors professeur d'arts graphiques à Duperré. C'était un homme bon et tout le monde l'appréciait et le respectait. Ce qui m'avait fasciné à l'époque, c'était l'écart qu'il y avait entre cet homme distingué et son œuvre franchement érotique. Après mes études j'ai continué à lui rendre visite pour lui montrer l'évolution de mon travail. J'étais toujours impressionné par la justesse de ses jugements et surtout par le tact avec lequel il prodiguait ses conseils.
Quel style aviez-vous ?
J'ai continué dans la voie du réalisme. C'était l'âge d'or de ce style avec des personnalités comme Pierre Barraya, Pierre Peyrolle, Jean-Paul Goude, Jean Lagarrigue… Mon niveau technique m'a permis de commencer à travailler durant mes études pour l'édition. J'ai réalisé des couvertures pour Denoël et J'ai Lu.
En marge de cette production, je crois savoir que vous avez beaucoup travaillé pour la publicité ?
À la sortie de l'école, je me suis spécialisé dans le packaging. J'ai dessiné des centaines de petits gâteaux, glaces, fruits et légumes, etc. Il faut savoir qu'à cette époque tout se dessinait. La photo n'était pas encore omniprésente…
C'était en quelque sorte vos gammes ?
Absolument. On ne pouvait pas se contenter d'un à-peu-près car c'est le client qui décidait au final. On savait que si le travail n'était pas bien fait, le dessin allait nous être retourné. Alors, il fallait être bon de suite, tout en restant efficace. La crise, et l'arrivée simultanée de l'illustration numérique et des banques d'images libres de droits ont marqué la fin de cet âge d'or.
Vous vous êtes alors tourné vers les pin-up ?
Petit à petit, j'ai mis de plus en plus de personnages dans mes dessins. Les pin-up, je les faisais pour moi. J'ai toujours été amateur, mais en tant que dessinateur, j'ai mis des années avant d'arriver à produire quelque chose de correct. Au début, c'était seulement un sujet comme un autre. C'est lors de la mise en chantier d'un calendrier que je me suis pris, peu à peu, au jeu. Le sujet était des filles nues avec des chaussures noires et le titre était tout naturellement Black Shoes. Mais aucun éditeur n'a pris le risque de le publier.
Quels étaient vos maîtres à ce moment-là ?
Aslan, George Petty et surtout Alberto Vargas. Je me servais de photos trouvées dans des magazines comme documents. Mais je me suis aperçu qu'à trop s'en inspirer on ne progresse plus. Je mettais parfois plus de temps à chercher des documents photo qu'à peindre. Je les détournais, mettant bout à bout, la pose d'un modèle avec les mains ou le visage d'une autre, et les tenues d'une troisième… Alors j'ai décidé de faire poser mes propres modèles.
Qu'en avez-vous retiré ?
J'ai progressé de manière spectaculaire. Enfin, j'avais un parfait contrôle de l'image : je choisissais les modèles, les poses, l'éclairage, etc. Je devenais le créateur de l'image à cent pour cent.
Etes-vous un photographe qui peint ou un peintre qui photographie ?
J'utilise tout simplement les moyens que je juge utiles pour atteindre mon but : un idéal de beauté et de perfection. Ce qui m'intéresse, c'est d'être le maître de chaque centimètre carré de mes œuvres, depuis la création du concept jusqu'à son exécution. Le modèle est la seule personne qui interfère avec mon art. C'est une sorte de collaboration entre quelqu'un qui regarde et quelqu'un qui se montre…
Justement, que répondez-vous à ceux qui considèrent que cette quête de perfection déshumanise la femme et que, de fait, vos modèles manquent de sensualité et de séduction pour ne devenir que des sortes d'icônes ?
Même si je ne suis pas d'accord je n'ai rien à leur répondre. L'image doit se défendre seule. Je n'ai rien à expliquer ni à justifier. Je dois dire que ce qui m'importe le plus, ce sont les témoignages de reconnaissance de mes modèles. Alors si mes peintures laissent froid un certain public, que m'importe !
Votre technique a toujours été l'aérographe ?
J'ai toujours été à l'aise avec cette technique. L'aérographe a été inventé il y a plus de cent ans et son principe remonte à la préhistoire. L'homme qui projeta des pigments avec la bouche sur sa main appliquée contre la paroi d'une grotte inventa le principe de la couleur projetée. L'aérographe a été beaucoup utilisé par les photographes pour retoucher et coloriser leurs tirages. Plus tard, des lithographes et des affichistes comme Cassandre l'ont également adopté pour faire les dégradés des affiches Art déco. La popularité de cet outil l'a toujours dévalorisé dans le cadre de la peinture contemporaine. Cet a priori stupide ne disparaîtra qu'avec le temps et grâce aux artistes qui l'utilisent. Depuis plus de vingt ans les mouvements artistiques urbains l'ont adopté. Je pense qu'avec l'avènement des techniques graphiques digitales, l'aérographe va enfin atteindre le statut d'outil "classique".
Avec quels matériaux travaillez-vous ?
J'utilise de la peinture et des encres acryliques, appliquées au pinceau en poil de martre et projetées à l'aérographe. Ces encres, comme l'aquarelle, permettent toutes les transparences et toutes les subtilités. Pigmentées, elles résistent à la lumière. L'acrylique est plus stable que l'huile et ne se craquellera jamais. Pour être sûr de la pérennité de l'œuvre, je travaille sur des papiers non acides…
Comment s'est passée votre première séance de pose ?
Je me souviens que j'étais très ému… Beaucoup de mes photos étaient floues ! Je me suis repris et j'y ai pris goût. Je crois que mes modèles aiment poser pour moi. Je reçois de nombreuses demandes de jeunes femmes qui aimeraient poser et se voir en peinture. Parfois je me dis que je fais un beau métier. D'autres fois, qu'il y a un prix à payer. Mais je l'accepte.
Comment s'organise une séance de pose ?
Je prépare ma séance en réalisant de petits croquis dans un carnet qui ne me quitte jamais. Là, j'élabore les poses et les mises en pages de mes futures images. La séance dure environ une heure. Les photos me servent de documents pour réaliser l'œuvre finale. Finalement il y a peu ou pas d'improvisation.
J'imagine qu'il y a des poses qui reviennent ou qui s'imposent naturellement ?
Cela fait partie de la tradition. Il y a des poses dites "classiques" comme la pin-up allongée, sur une chaise, ou au téléphone. À chacun de dessiner selon sa sensibilité et sa manière. C'est comme le paysage ou la nature morte, un exercice de style…
Que pensez-vous apporter de plus dans cette tradition de la pin-up ?
Tout en m'inscrivant dans la tradition de ce genre, j'accorde peut-être un plus grand respect aux modèles. Je tiens beaucoup à ce que l'image que je réalise ressemble au modèle que je peins. Je veux que le résultat soit l'exacte représentation de ces femmes à un instant donné. Mes aînés utilisaient plus le modèle comme matériel de travail. D'accord, elles m'aident à exécuter un beau tableau mais en même temps, je les représente comme elles sont. Elles deviennent le sujet et ne font pas que le servir. Je cherche avec elles à dévoiler leurs trésors de séduction.
Sentez-vous parfois, une étincelle au moment de la pose ?
Certains modèles m'inspirent plus que d'autres sans que je sache vraiment l'expliquer. La femme est un mystère… J'essaye de le comprendre et de retranscrire mon émotion en les peignant. Souvent, le modèle provoque en moi un désir qui s'estompe et disparaît totalement quand le tableau est fini. Je ne sais pas si c'est dû au fait de reprendre à mon compte leur séduction première ou de la reproduire mais le modèle perd alors son pouvoir de séduction … Jusqu'au jour où j'ai rencontré une jeune femme dont je n'ai pas réussi à épuiser le pouvoir.
Pourquoi avoir changé de support et de format ?
Cela vient tout simplement d'un besoin d'exprimer mon art avec plus de force, je veux laisser une trace de mon passage ici-bas. Les pin-up constituent pour moi une forme d'art à part entière. Ce n'est en rien de l'illustration puisque, par définition, il n'y a pas de texte. Tant que ce n'est pas de l'huile sur toile, les gens ont tendance à considérer que ce n'est pas de l'art. On associe trop souvent la technique et le support à l'illustration. C'est une erreur de mon point de vue. À partir du moment où j'ai choisi le sujet, le format, et où je n'ai aucune contrainte commerciale, on est loin du domaine de l'illustration…
On trouve aujourd'hui dans votre production des formats 130 cm x 89 cm sur toile. Comment vous est venue l'idée des grands formats, puis des plans rapprochés ?
Je pense avoir été soumis à l'influence de ma muse. Il n'y a pas eu de stratégie. Cela s'est imposé naturellement.
Vous n'avez pas peur de tomber dans une certaine folie ?
C'est le cas depuis longtemps. De toute façon, ce n'est pas normal de s'enfermer des heures voire des jours pour appliquer de la matière colorée sur un support. À un moment, je pense que techniquement je me trouverai face à un mur. Il faut une telle dextérité, une telle concentration que je présume qu'avec le temps elles s'amenuiseront. Comme celle d'un musicien virtuose qui vieillit, ma main perdra de sa sûreté. J'appréhende ce moment même si j'essaye aujourd'hui de ne pas trop y penser. L'hyperréalisme est pour moi un moyen de provoquer une émotion. Je recherche le choc visuel et l'émotion esthétique avant tout.
C'est limite névrosé…
C'est plutôt une sorte de quête impossible car on n'atteint jamais la perfection. Encore qu'on puisse penser l'atteindre avec le réalisme d'une photo… C'est toujours une interprétation.
Je crois savoir que vous détestez faire deux fois la même chose ?
Dans la mesure où je suis en recherche, je n'aime pas revenir au même endroit. La femme est un sujet inépuisable. Tant que je respecte la ressemblance du modèle, chaque tableau est différent. Il faut avant tout peindre pour soi, continuer à se surprendre, progresser, sans penser à ce qui va plaire… À mes débuts, j'ai fait beaucoup trop de dessins pour plaire. Aujourd'hui, qui m'aime me suive !
Que pensez-vous du fait qu'on puisse vous envier ?
Tant mieux si cela fait fantasmer. Beaucoup seront peut-être déçus de savoir que j'ai une vie de famille sage et rangée. Mais c'est comme ça…
Propos recueillis par Frédéric Bosser le 8 octobre 2004 à Paris.
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